L'atelier des femmes: un pas vers la maîtrise de son avenir

Afin de leur assurer un avenir meilleur ROKPA  propose aux femmes en difficulté une possibilité de formation à la couture débouchant sur un emploi correctement rémunéré. Leur salaire de couturière leur permet ainsi d’échapper à la rue et d’envoyer leurs enfants à l’école.

Dans les milieux défavorisés du Népal, le statut social des femmes est caractérisé par la dépendance et la répression: ce qui a des conséquences directes sur les conditions de vie des enfants. En général les femmes sont mariées très jeunes et à l’âge de 20 ans, elles ont déjà plusieurs enfants – ce qui les exclut de toute possibilité de formation professionnelle. Après de nombreuses grossesses, elles sont souvent abandonnées par leur mari. Et sans métier, elles n’ont aucune chance de pouvoir subvenir à leurs besoins. Elles n’ont d’autre issue que d’aller mendier dans les rues ou être exploitées pour des salaires de misère. Il ne leur reste alors plus de temps pour s’occuper de leurs enfants.

Depuis 1996 ROKPA a mis en place une formation professionnelle: dans un atelier, les femmes apprennent à tailler, coudre, fabriquer des objets usuels en tissu.

En savoir plus sur les ateliers de femmes: www.rokpaww.org.

"Plus jamais je ne connaîtrai cette détresse!"

Deux mères racontent comment, après avoir été victimes d’un mariage arrangé et de violences quotidiennes, elles ont repris courage grâce à l’atelier des femmes de ROKPA qui leur a assuré une vie autonome.

Lhamu Sherpa

"Notre famille était très pauvre, nous ne mangions pas à notre faim et nos vêtements ne nous protégeaient pas du froid. Mes parents  n’ont pas jugé utile de m’envoyer à l’école. J’ai été mariée très jeune C’était un mariage arrangé mais j’ai été très heureuse avec mon mari. Il est mort brutalement lorsque ma fille avait deux mois. Mes beaux-parents nous ont chassées, ma fille et moi car ils pensaient que j’étais responsable de la mort de leur fils..

La seule chose que je savais faire, c’était nouer des tapis alors je suis partie avec ma fille chercher du travail à Kathmandou. Je l’emmenais à l’atelier : elle passait toute la journée dans ce lieu sombre et poussiereux. Et comme dans notre société la condition d‘une femme seule est très difficile, j’ai fini par accepter d’épouser un collègue de travail. Trois ans après j’avais trois autres filles. Mais mon mari ne subvenait guère à nos besoins. Alors lorsqu’il a pris une autre femme, je l’ai quitté. 

J’ai repris mon ancien travail dans un atelier de tapis mais je ne savais où aller avec mes enfants. Ma soeur aînée a entendu parler de ROKPA et m’a conseillé d’aller demander de l’aide. Aujourd’hui mes enfants vont à l’école grâce à ROKPA qui paie les frais de scolarité. Et moi, après avoir suivi une formation de couturière, je travaille à l‘atelier des femmes de ROKPA ce qui me permet de subvenir à mes besoins. Je suis reconnaissante à ROKPA de m’avoir donné cette chance : toute seule, je n’aurais jamais eu la force de me  sortir de la misère avec mes enfants. Je commence petit à petit à oublier l‘horreur de ma vie passée."

Radika

"Je suis née dans la vallée de Kathmandou. J’étais sourde de naissance : je suis donc devenue sourd-muette. Ma famille habitait dans une maison traditionnelle avec des murs d’argile. Nous étions très pauvres. Mon père était tailleur et quand j’ai eu 8 ans il m’a permis de rester avec lui au magasin. C’est lui qui m’a appris son métier : c’est la seule éducation que j’ai reçue. Au village personne n’avait assez d’argent pour envoyer les enfants à l’école.

Ma mère est morte, j’avais dix ans. Mon père avait déjà pris une autre femme avant sa mort. Et là ma vie a basculé : je devais  m’occuper de la maison, ma belle-mère n’était jamais contente. Elle me grondait sans cesse, me battait et disait que je ferais mieux de quitter la maison, car je n’étais bonne à rien. L’occasion d’échapper à cette vie s’est présentée avec un mariage arrangé au village. J’avais 12 ans, mon mari environ 15 ans. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait : j’ai eu ma première fille à 15 ans. Puis trois autres enfants de mon mari. J’ai très maltraitée et j’ai pensé qu’il valait envore mieux de vivre seule plutôt que de subir les violences d’un mari brutal.

Après mon divorce je suis partie mendier dans les rues de Kathmandou. Comme je ne pouvais pas communiquer avec les autres, je me sentais souvent très seule. Et un jour j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée à la soupe populaire de ROKPA On m’avait dit que Mummy Léa (la co-fondatrice de ROKPA Léa Wyler) aidait les gens comme moi. J’ai emmené ma fille aînée pour parler à Mummy Léa. Ma fille a été admise à la Maison des enfants de ROKPA où elle est scolarisée. Et puis j’ai été embauchée à l’Atelier des Femmes où j’ai pu mettre en pratique tout ce que mon père m’avait appris.

Enfin je  n’étaits plus seule : mes collègues d’atelier ont trouvé un moyen de communiquer avec moi et sont devenues des amies. Elles m’appellent „la Reine du Ciseau“ : c’est vrai que, grâce à la formation rigoureuse que mon père m’a donnée,  je coupe les tissus avec une grande dextérité et cette expérience fait de moi une bonne ouvrière. J’en suis fière et heureuse et j’ai enfin découvert la joie de vivre malgré mon lourd handicap."

 (Radika communique grâce à sa fille Anju ou une amie qui connaît sa langue des signes)